La décision d’arrêter Osiris, réacteur du CEA-Saclay, calée sur le développement du projet Paris-Saclay ?

Il est prévu d'arrêter le réacteur du CEA-Saclay fin 2015. 

Mais le CEA, les syndicats, l'Académie de médecine demande sa prolongation d'au moins trois ans, faute de laquelle une grave pénurie de technétium va provoquer une crise sanitaire sans précédent. 

Ce refus de prolonger n'a-t-il aucun rapport avec le développement de Paris-Saclay ? 

« L’Etat a bien intégré cette problématique (NB :le fait que les étudiants qui vont vivre à proximité du CEA seront un public qui change souvent et donc difficile à sensibiliser aux risques). Il a prévu l’arrêt du réacteur Osiris dans un calendrier identique au développement de la zone ». Cette phrase date du 7 avril 2011, elle a été prononcée par un représentant de la Direction Départementale des Territoires pendant une réunion de la CLI, commission locale d’information sur les installations nucléaires du Plateau de Saclay (1).

Et elle éclaire sans aucun doute d’un autre angle la décision « technique et financière » qu’a maintenue, le 9 décembre dernier, l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) d’arrêter le réacteur du CEA-Saclay Osiris alors qu’il y a unanimité pour demander instamment sa prolongation. Le CEA lui-même, dès septembre 2011, demande à l’ASN de poursuivre le fonctionnement du réacteur jusqu’en 2018. Il insiste en octobre 2012, pour jusqu’en 2020 cette fois-ci. Et les syndicats vont dans le même sens (du CEA et d’AREVA (2)). Le président de la CLI (commission locale d’information sur les installations nucléaires) de l’Essonne Jérôme Guedj (3), l’Académie de médecine (4), tous expriment la même urgence : ne pas fermer Osiris fin 2015.

 

Car il s’agit d’une potentielle crise sanitaire qui s’annonce.

 

Explications :

Chaque année en France et dans le monde, des millions de vies sont sauvées, grâce aux examens effectués en utilisant le technétium 99. Ceux-ci, qui vont des scintigraphies osseuses et rénales à la détection du ganglion sentinelle en cas de cancer du sein, en passant par la recherche d’embolie pulmonaire chez la femme enceinte (5), ne peuvent, pour un nombre non négligeable d’entre eux (rien qu’en France, 60.000 chaque année), être remplacés par rien. En effet, ces examens permettent d’« apporter des renseignements fonctionnels et métaboliques qu’aucune autre technique d’imagerie ne peut fournir. » précise l’Académie de médecine. Un précieux atout pour la santé, donc, que le technétium 99.

Tout le monde en est conscient…

Le rapport avec l’arrêt d’Osiris ? Il se trouve que ce réacteur de recherche du CEA-Saclay couvre 5 à 7% de la production mondiale de technétium 99 (Pour avoir une idée de ce que cela représente : sur les 5 premiers mois de 2013, Osiris a assuré une production équivalente à 1,2 million d’examens. Et afin de pouvoir répondre à la demande de radio-isotopes indispensables à la médecine nucléaire, il a même effectué en mai de la même année, un cycle d’irradiation supplémentaire permettant la réalisation de 300 000 examens médicaux). Il se trouve donc que si le technétium est irremplaçable, Osiris l’est pour l’instant aussi.

Non seulement au niveau « France » (le réacteur de Cadarache qui doit produire le technétium à terme ne sera prêt qu’au mieux en 2018, plus certainement en 2020), mais également au niveau mondial car seuls 9 réacteurs dans le monde sont capables de produire ce radioélément à usage médical. Autant dire que si Osiris fait défaut, le risque sanitaire est grand et il pourrait bien y avoir pénurie mondiale de cet isotope qu’on ne peut pas stocker, sa durée de vie étant très courte.

 

Le bon sens ferait conclure à la prolongation d’Osiris

 

Oui, mais voilà… Si l’ASN a estimé en mai 2011 que ce réacteur mis en service en 1966 était apte à poursuivre son fonctionnement jusqu’en fin 2015, il a donc confirmé en décembre que, conformément à la décision du 16 septembre 2008, il devrait ensuite s’arrêter.

Pour des raisons techniques et financières nous dit-on. Bien sûr, cela coûterait des millions de remettre Osiris aux normes de sécurité actuelles… mais combien de millions (milliards ?) sont-ils dépensés actuellement sur le projet Paris-Saclay et surtout, peut-on mettre cette dépense en balance avec le coût humain de l’arrêt d’Osiris ? … et même avec le coût financier d’ailleurs, car si ne sont plus détectées les maladies évitées grâce aux examens réalisés avec le technétium 99, combien de dépenses supplémentaires de santé ??? Cela a-t-il été chiffré avant la prise de décision ?

Alors, inévitablement, revient en mémoire cette phrase d’avril 2011 « L’Etat a bien intégré cette problématique et a prévu l’arrêt du réacteur Osiris dans un calendrier identique au développement de la zone »… et le possible rapport, donc avec le projet de campus urbain sur le Plateau de Saclay, l’installation d’une nouvelle ville de 10.000 habitants et de 40.000 personnes qui travailleront dans le périmètre des 2,5 km du Plan Particulier d’Intervention…(6)

On peut supposer, par contre, vu le phasage, que le pôle d’échange intermodal que deviendra le Christ de Saclay si le Contrat de Développement Territorial est signé, situé, lui, en plein dans la zone de danger de 1km autour d’Osiris, ne pèse pas dans la balance : la majeure partie des équipements prévus(une gare routière pour le TCSP Massy-Saint-Quentin (2018), un échangeur routier entre la N118 et les routes RD 306 et RD36 (doublée en 2x2 voies) (2018), la gare de métro de la ligne 18 (2023), un parking de 2000 places minimum (2023) (7)) ne seront prêts qu’après le relais pris par Cadarache. Il n'empêche, il est marqué noir sur blanc dans le CDT (fiche n°22) que "De façon concomitante, une réflexion sur l’aménagement d’ensemble du Christ de Saclay rendue possible à terme par l’évolution des activités nucléaires sur le site du CEA sera conduite."

Pour finir, une question : qui, au plus haut niveau, va défendre le dossier de ce problème sanitaire, maintenant que la Santé n’est plus un ministère à part entière ?

Martine Debiesse

 

(1)  http://www.essonne.fr/fileadmin/Environnement/risques_majeurs/risques_nucleaire/2011_04_07_reunion_pole_information.pdf (début page 4)

(2)http://www.fo-areva-lahague.org/fr/activites-syndicales/tracts/2013/fichiers/LA%20SANTE%20PUBLIQUE%20EN%20DANGER%2017122013_4_1033.pdf

(3)  http://questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-47855QE.htm

(4)  http://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2014/02/TechnetiumANM-V5.pdf

 

(5)  Extrait du communiqué de l’Académie de Médecine :

« En effet, pour six indications majeures, aucune substitution n'est possible. Ces indications relèvent de cas qui en font des enjeux importants de santé publique, à savoir :

• la détection du ganglion sentinelle, pratiquement systématique lors du traitement chirurgical de patientes atteintes de cancer du sein, ce qui représente environ 55 000 examens par an. L’enjeu est d’éviter un curage ganglionnaire inutile et souvent invalidant ;

• la recherche d'embolie pulmonaire chez la femme enceinte, dans un contexte qui met en jeu le pronostic vital de la mère et de l’enfant. Plusieurs milliers d'examens par an sont ainsi réalisés, la technique isotopique étant préférable au scanner avec injection qui peut perturber gravement la thyroïde du fœtus ;

• tous les patients ayant une contre-indication aux produits de contraste radiologiques, notamment les patients diabétiques atteints d’insuffisance rénale ou traités par la Metformine ;

• la détection de l’origine d’une hyperparathyroïdie, ce qui représente plusieurs milliers d’examens par an en France. En complément de l'échographie, la scintigraphie reste l’examen fondamental pour guider le traitement chirurgical ;

• la plupart des scintigraphies de l’enfant (principalement osseuses et rénales) ;

• la scintigraphie rénale, qui permet d’évaluer la fonction séparée des deux reins, notamment en cas de néphrectomie à faire en urgence, pour le suivi des greffes rénales ou encore le bilan avant prélèvement chez les donneurs vivants. On en compte plusieurs milliers de cas par an en France. »

 

(6)http://www.epps.fr/wp-content/uploads/2013/06/2013-11-d%C3%A9pliantSIMI_ONLINE.pdf

 

(7)  Fiches 21 et 22 du CDT = vous pouvez télécharger le CDT sur cette page: http://www.ile-de-france.gouv.fr/Carrousel/Le-projet-CDT-Paris-Saclay-valide

 

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